Rupture conventionnelle du contrat de travail : on euthanasie le salarié
par Yves Nicol, avocat Lyon - Licenciement - Lien permanent
La rupture conventionnelle du contrat de travail est un dispositif aberrant et qui gonfle les chiffres du chômage en France.
Après le CNE (contrat nouvelles embauches), l'Etat a mis en place un nouveau dispositif juridique instable, qui mérite d'être supprimé.
Le CNE était utile et intéressant dans son principe, car il était destiné aux petites entreprises (jusqu'à 20 salariés) qui démarraient. C'était une idée intelligente, mais mal pensée sur le plan juridique, puisque le CNE, qui prévoyait la possibilité de rompre le contrat pendant 2 ans sans justifier d'un motif était contraire à une Convention internationale signée par le France : la Convention 158 de l'Organisation Internationale du travail.
La rupture conventionnelle du contrat de travail est, au contraire du CNE, fondée juridiquement, mais est dans les faits une véritable aberration.
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Dans au moins la moitié des cas, mais je pense plutôt deux cas sur trois, chaque rupture conventionnelle est en réalité un licenciement, qui est travesti, sans qu'il y ait véritablement de réel consentement du salarié à la base.
Dans tous les cas que je rencontre, il y a à la base une décision de l'employeur de se séparer d'un salarié et de rompre le contrat de travail. Cette décision relève d'ailleurs totalement du pouvoir de direction de l'employeur et c'est son droit le plus strict.
Là où est le problème, c'est que pour éviter un licenciement, et son cortège de difficultés, on propose au salarié une rupture conventionnelle. "C'est ça ou un licenciement".
- l'employeur évite ainsi de motiver son licenciement précisément,
- le salarié, du coup, ne se sent plus "licencié"; Psychologiquement, c'est moins dur à vivre et les choses seront plus faciles à justifier dans le cadre de sa recherche d'emploi.
On se met évidemment souvent d'accord sur une indemnité, dans le cadre de la rupture conventionnelle, mais il n'en demeure pas moins qu'il ne s'agit pas vraiment d'une rupture d'un commun accord.
Dans les cas dont je parle, qui sont à mon avis les plus nombreux, il n'y a ni consentement ni commun accord au départ. Il y seulement, au final consentement et accord du salarié à en finir de cette façon, plutôt que d'être licencié.
Est-ce là la simplification du droit du travail, qui avait été annoncée ?
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3 commentaires
Je confirme la rupture conventionnelle est bel et bien un licenciement déguisé et imposé par l'employeur (avec un blanc seing permettant probablement aussi de réduire la liste des recours "encombrant" les salles des pas perdus des tribunaux ?). Pour autant, le salarié qui subit le traumatisme de la perte de son emploi, n'est de toutes façons pas moins exposé dans un contexte économique très difficile (entrant dans la cinquantaine, de plus !). Je vis en ce moment cette situation et l'angoisse principale n'est pas tant la "sortie" que celle d'envisager "sereinement" l'avenir... La Rupture, ne prévoit pas cela... et en guise d'accompagnement ? Pas grand chose, si ce n'est rien.De plus, avant la signature, les "pressions" pour acter en ce sens, peuvent aussi relever du harcèlement, ni plus ni moins...
Une future "chômeuse" bien inquiète pour son avenir.
c'est sûr, on évite pas le traumatisme à 100%. Des années à bosser comme un fou pour cette boite, une vie de famille mise en parenthèse, et puis une année 2009 difficile, des résultats à la baisse, un nouveau supérieur hiérarchique avec lequel le contact est difficile....et une vraie pression depuis des mois..les nerfs ont laché, le ton est monté, les mots ont volé...et me voilà aujourd'hui avec une proposition de ma direction d'une rupture conventionnelle avec une indemnité dérisoire et des relances tous les jours pour que j'accepte. Jusqu'ici, je tiens la barre et ne lache pas la négo...mais combien de temps encore ?
Vous dites que la rupture conventionnelle est un licenciement et je suis d'accord avec vous. Mais alors pourquoi les assurreurs refusent de prendre en charge les salariés qui ont souscrit avant la loi de modernisation un contrat perte emploi.
Les assureurs évoquent le motif que la rupture n'est ni un licenciement ni une démission, pire il parle même d'un départ volontaire. Des milliers d'assurés se retrouvent ainsi " arnaqués" par les assureurs.
Bien d'accord avec vous.