Blog de Yves Nicol - Avocat Lyon
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Vendredi 18 Mai 2012
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11 mai 2012

Licenciement pour figuration dans un clip vidéo de rap

Voici un fait divers qui illustre bien le sujet de la frontière souvent très mince entre les événements de la vie personnelle et le contrat de travail.

Peut-on être licencié pour des faits qui relèvent de la vie personnelle ?

Comme le relate le journal le Parisien ce jour, la salariée travaillait depuis 20 ans comme surveillante au sein du collège Notre Dame de la Tramontane à Juin les Pins. Or, des collégiens ont reconnu leur surveillante dans le clip d'un rappeur. Dans ce clip, la surveillante du collège tient le rôle d’une cougar, séductrice et aguicheuse, qui aime plaire aux hommes jeunes et savoure du champagne en soutien-gorge dans un jacuzzi.

La surveillante Cougar

Malheureusement, elle est licenciée pour faute grave par son employeur alors qu'il s'agissait pourtant de faits relevant de la vie personnelle de la salariée.

Oui dans certains cas, il est effectivement possible qu'un tel licenciement intervienne. Si ce sujet vous intéresse, lisez l'exemple du salarié licencié pour ne pas avoir payé son loyer.

La question est de savoir si les faits reprochés ont causé ou non un trouble objectif au fonctionnement de l'entreprise. Dans le cas de la surveillante Cougar, faites vous votre propre idée en visionnant le clip...

La faute grave me semble en tout cas contestable et peu conforme à la jurisprudence, s'agissant de la vie personnelle.

04 mai 2012

Vie privée et licenciement : le salarié est licencié car il ne payait pas son loyer

Un salarié peut-il être licencié pour des faits tirés de sa vie privée ?

Oui dans certains cas. Le principe est posé depuis longtemps par la Cour de Cassation :

« il ne peut être procédé à un licenciement pour une cause tirée de la vie privée du salarié que si le comportement de celui-ci, compte tenu de la nature de ses fonctions et de la finalité propre de l’entreprise, a crée un trouble caractérisé au sein de cette dernière. » Cass.soc 22 janvier 1992, n° 90-42.517

L’exemple emblématique de cette jurisprudence est l’arrêt du 2 décembre 2003, par lequel la Cour avait jugé que le retrait du permis de conduire pour conduite en état d’ivresse d’un chauffeur routier en dehors du temps de travail justifiait son licenciement. Cass.soc 2 décembre 2003, n°01-43.227

Un trouble caractérisé au sein de l'entreprise

Un licenciement peut être motivé par des faits tirés de la vie personnelle du salarié, mais il est nécessaire que le comportement du salarié ait créé un trouble objectif au sein de l'entreprise. Cette notion est floue et s'apprécie semble-t-il au cas par cas.

Exemple récent : un salarié licencié pour non paiement de ses loyers

Voici un exemple tiré d'un arrêt de la Cour de Cassation du 11 avril 2012. Dans cette affaire, le salarié était directeur de deux foyers de travailleurs migrants. A ce titre il était chargé de l'encaissement des loyers. Il était par ailleurs locataire de son employeur. Or, il ne payait plus ses loyers depuis 14 mois. Il a donc été licencié pour non paiement de ses loyers.

Un tel licenciement est clairement tiré de la vie personnelle et non de l'exécution du contrat de travail. Mais la Cour de cassation valide ce licenciement, le comportement du salarié constituant un trouble objectif au fonctionnement de l'entreprise.

Source : Cassation sociale 11 avril 2012, n°10-25764. YN Avocat Lyon mai 2012

03 mai 2012

Faute grave pendant le préavis

Une faute grave peut elle survenir durant le préavis, alors que salarié a déjà reçu sa lettre de licenciement et qu'il effectue donc son préavis ?

C'est une situation qui se produit parfois. Le salarié a donc reçu sa lettre de licenciement et effectue son préavis dans l'entreprise. Mais, durant cette période de préavis, l'employeur découvre une faute grave commise par le salarié. Il décide alors de rompre le préavis immédiatement.

Est-ce possible et est-ce régulier ?

Oui, l'employeur peut tout à fait rompre le préavis si une faute grave du salarié survient. Mais attention : cette faute sera sans incidence sur le droit du salarié à percevoir l'indemnité de licenciement et l'indemnité compensatrice de congés payés.

L'indemnité de licenciement reste due



Le contrat de travail a déjà été rompu au moyen d'un licenciement. Les droits du salarié sont fixés au moment de la notification du licenciement par les termes de la lettre de licenciement. L'indemnité de licenciement reste due par l'employeur car ce droit a pris naissance à la date de la notification du licenciement et ne peut pas être remis en cause par des faits ultérieurs.

Pas d'indemnité de préavis pour la partie restant à courir

Si une faute grave est commise durant le préavis, cela justifie son interruption et le solde du préavis ne sera alors pas rémunéré. Mais attention, pour cela, l'employeur doit respecter la procédure disciplinaire obligatoire : convoquer le salarié à un entretien préalable, notifier par écrit la sanction. S'il ne le fait pas, la sanction sera irrégulière.

Source : Cassation Sociale. n°05-45.221. YN avocat Lyon mai 2012

23 avr. 2012

Exemple de faute grave : comparer son entreprise à un camp de concentration

Voici un exemple très récent de décision de justice (Cour de cassation 6 mars 2012) validant un licenciement pour faute grave. Dans cette affaire, le salarié, qui assurait la fonction d'agent de sécurité avait été licencié pour faute grave au motif de propos injurieux et diffamatoires envers le chef d'entreprise.

Cette entreprise est un camp de concentration

Le salarié avait comparé son entreprise à un camp de concentration devant son employeur. Il avait été licencié pour faute grave.

Il se défendait en justice en faisant valoir que la référence à un camp de concentration était "une simple référence historique", le camp de concentration servant de modèle universel au même titre que le goulag à toute forme abusive de surveillance et en faisant valoir également qu'il ne visait pas personnellement le chef d'entreprise à l'encontre duquel aucune injure personnelle n'avait été adressée.

Liberté d'expression ?

Le salarié fait également valoir des textes importants relatifs à la liberté d'expression tels que les articles L.2281-1 et L. 2281-3 du code du travail,relatifs à la liberté d'expression dans l'entreprise, l'article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La faute grave est validée

La Cour de cassation juge le licenciement pour faute grave justifié, considérant que le salarié avait qualifié son lieu de travail de camp de concentration, au cours d'un entretien avec le chef d'entreprise dont il connaissait la nationalité allemande, ce qui caractérisait un abus de la liberté d'expression du salarié à l'aide de propos injurieux, diffamatoires ou excessif....

S''ource : Cassation sociale, 6 mars 2012, n° 10-27256. YN Avocat Lyon avril 2012 ''

18 avr. 2012

Qu'est ce que le télétravail ?

Curieusement, le Télétravail n'était jusqu'à présent pas défini par la loi. Les organisations syndicales n'ont jamais été vraiment pour puisque le télétravailleur évolue en dehors des locaux de l'entreprise... Mais c'est chose faite depuis la loi du 22 mars 2012, Code du travail article L.1229 Nouveau.

En voici la définition légale : (...) toute forme d'organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l'employeur est effectué par le salarié hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les technologies de l'information et de la communication dans le cadre d'un contrat de travail ou d'un avenant à celui-ci.

Conditions de passage et conditions de retour

Obligatoirement, le contrat de travail doit formaliser les conditions de passage en télétravail ainsi que les conditions de retour à une activité sans télétravail. La loi prévoit que le salarié aura priorité pour reprendre un poste sans télétravail qui correspondent à ses compétences et qualifications. L'employeur devra d'ailleurs porter à sa connaissance les postes disponibles.

Caractère volontaire du télétravail

La loi confirme que : le refus d'accepter un poste de télétravailleur n'est pas un motif de rupture du contrat de travail.

Prise en charge des coûts

En autres choses, la loi prévoit que l'employeur prend en charge tous les coûts découlant de l'exercice du télétravail : matériels, logiciels, abonnements, communications...

A noter que le travail à domicile est une forme de télétravail : l'employeur doit prendre en charge les coûts fixes (quote part des frais de logement...etc) et des frais variables (chauffage, électricité...etc)

15 avr. 2012

Exemples de licenciement pour faute lourde

Qu'est-ce qu'un licenciement pour faute lourde ? L'idée largement répandue est qu'une faute lourde, est une faute encore plus grave qu'une faute grave...

En réalité, la faute lourde est une faute très particulière, caractérisée par l'intention de nuire à l'employeur ou à l'entreprise.

Voici quelques exemples de décisions rendues par la Cour d'appel de Lyon confirmant le licenciement pour faute lourde.

Propos mettant en cause l'honnêteté des dirigeants

Un salarié avait tenu des propos mettant en cause l'honnêteté et la probitité des dirigeants. Cela caractérisait l'intention de nuire.

Création d'une activité concurrente

Un salarié avait déployé une activité concurrente à celle de son employeur avec sa propre société. Ceci constituait une violation de l'obligation de loyauté qui est inhérente à tout contrat de travail. En outre, le salarié avait une clause d'exclusivité qui avait par conséquent été elle aussi violée.

Tromperie

Le salarié avait trompé son employeur à plusieurs reprises sur la réalité des recettes journalières, ce qui faussait l'analyse économique des résultats et qui avait par conséquent une incidence directe sur les décisions relatives à la gestion de l'entreprise.

26 mar. 2012

Modification du contrat de travail et licenciement économique

Zoom sur un sujet devenu courant : la modification par l'employeur d'un élément du contrat de travail pour cause économique.

Par exemple : pour faire face à des difficultés économiques, l'entreprise propose au salarié de réduire son temps de travail et sa rémunération de 40 %.

Il existe une procédure légale, définie par l'article L.1222-6 du Code du travail, destiné à permettre à l'employeur d'opérer ce type de modification, dès lors qu'elle est liée à un motif économique.

''Lorsque l'employeur envisage la modification d'un élément essentiel du contrat de travail pour un motif économiuqe, il en fait la proposition au salarié par lettre recommandée avec avis de réception.

La lettre de modification informe le salarié qu'il dispose d'un mois à compter de sa réception pour faire connaître son refus.

A défaut de réponse dans le délai d'un mois, le salarié est réputé avoir accepté la modification proposée.''

Donc, si nous reprenons notre exemple, l'employeur doit écrire en recommandé au salarié en exposant précisément les difficultés économiques et les mesures qu'il envisage, en décrivant la modification envisagée.

Dans ce courrier, l'employeur doit donc préciser que par exemple, il envisage la réduction du temps de travail de X % et de la rémunération à due concurrence.

Si le salarié ne refuse pas par écrit dans les 30 jours, il est réputé avoir accepté la modification.

Si le salarié refuse, alors l'employeur ne pourra pas procéder à la modification.

L'employeur aura deux possibilités :

- soit ne rien faire et laisser la situation en l'état,

- soit engager une procédure de licenciement économique motivée par le refus.

Toutefois,dans cette hypothèse, il faudra pouvoir motiver la cause économique (difficultés économiques..etc) et opérer préalablement une recherche de reclassement...etc

Bref, c'est un mode particulier de licenciement économique, mais qui n'exonère pas l'employeur de présenter une cause économique valable et de respecter toutes les obligations (nombreuses) en matière de licenciement économique.

Source : Code du travail, article L.1222-6. YN Avocat Lyon mars 2012

21 mar. 2012

La rupture d'un CDD est elle possible ?

Est-il possible de rompre un CDD avant le terme prévu ? Cette situation est courante dans la vie de l'entreprise. La question peut se poser aussi bien pour un salarié, que pour un employeur, qui souhaite rompre prématurément un CDD alors que le contrat doit normalement se poursuivre.

La rupture par l'employeur

Aux terme de l'article L.1243-1 du Code du travail, il n'est possible de licencier un salarié en CDD que pour faute grave ou faute lourde. Dans ce cas, il faut respecter la procédure disciplinaire, en convoquant le salarié à un entretien préalable à cette sanction. La lettre de convocation doit viser expressément la possibilité d'un licenciement pour faute grave.

Attention : une insuffisance professionnelle n'est pas une faute grave : il sera impossible pour l'employeur de licencier dans ce cas.

Peut-on rompre le CDD d'un commun accord ?

Oui, c'est la façon la plus simple de rompre le CDD. Il convient alors de conclure par écrit un accord formalisant cette décision commune. Il s'agit d'une rupture du CDD d'un commun accord. Ce cas est prévu expressément par le Code du travail, article L.1243-2.

Le salarié peut-il aussi rompre le CDD ?

Oui, il peut le faire s'il justifie d'une embauche en CDI dans une autre entreprise. Mais il faudra alors respecter un préavis de 2 semaines maximum. (1 jour par semaine travaillée en principe, avec un plafond à deux semaines de préavis) Le salarié devra informer officiellement et par écrit, de préférence en RAR , son employeur de cette rupture et justifier de la signature d'un CDI.

Dommages et intérêts

Signalons que si l'une ou l'autre des parties rompait abusivement le CDD, elle serait condamnée à des dommages et intérêts en cas de contestation devant le conseil de prud'hommes...

''Source : Code du travail, article L.1243-1 et suivants. YN avocat Lyon mars 2012''

13 mar. 2012

Insultes et licenciement

Dans le contexte professionnel, les insultes sont courantes, en raison des situations tendues, parce que les gens sont à cran, ou bien tout simplement parce qu'il y a des hommes et des femmes qui travaillent ensemble 8 heures par jours.

J'ai déjà évoqué le cas du salarié qui avait traité son patron de chochotte.

Et aussi toutes sortes de cas d' insultes diverses jugées par les tribunaux.

Dans un arrêt récent, du 9 février 2012, la Cour de cassation a tranché le cas de Monsieur X, salarié licencié pour faute grave après avoir traité sa collègue de travail de salope. Il était employé en qualité de boucher.

Les faits sont relatés de la façon suivante : quelques jours plus tôt, Madame Z avait constaté qu'un pneu de son véhicule avait été crevé. Elle avait accusé Monsieur X semble-il sans preuve et la situation s'étaient envenimée : elle avait traité Monsieur Z d'enculé. En retour elle s'était fait traiter de salope. Monsieur X avait été licencié pour faute grave pour avoir proféré des insultes, couteau à la main, de façon menaçante. Celui-ci avait contesté son licenciement.

Seules les insultes respectives étaient établies

La Cour d'appel de Lyon avait donné raison au salarié et condamné la société. Un pourvoi en cassation avait été formé au motif d'une attitude aussi dangereuse que traumatisante vis à vis de Madame Z.

Mais la Cour de cassation confirme l'arrêt inital, d'une part en raison du contexte et des circonstances (les deux personnes se connaissant bien) et d'autre part car seules les insultes respectives étaient établies et non l'agression au couteau reprochée au salarié.

Source : Cassation sociale 15 février 2012, n° 10-20419. YN Avocat Lyon mars 2012

06 mar. 2012

Une formation très spéciale

C'est souvent comme cela : on demande à un responsable d'annoncer son licenciement à un autre salarié... C'est un exercice difficile et ingrat, mais c'est le cynisme de la vie d'entreprise qui veut cela...

Voici un exemple concret et authentique issu de chez Yahoo USA. A lire la presse économique du jour, Yahoo envisagerait un plan de suppression d'emplois se traduisant par plusieurs milliers de licenciements pour motifs économique.

Mais il y a 4 ans, Yahoo USA avait déjà été confronté à cette situation et avait réalisé à l'époque un support de formation : un guide destiné à former le manager à l'annonce du licenciement.

J'avais publié à l'époque ce guide stupéfiant et très américain. J'en profite donc pour partager avec vous à nouveau ce support Power Point Yahoo qui nous montre cet exemple d'un cynisme rare et à ne pas suivre. (Merci à Meilleures-Entreprises.fr et Laurent)

Chacun appréciera...